Une journée ordinaire à l'école Halfaouine

En route !

Il est presque 7h30, le muezzin m'a déjà rappelée à l'ordre 2 fois, il est temps de me mettre en route vers l'école. Je compte parmi les chanceux qui n'ont pas besoin d'utiliser les transports en commun pour me rendre au travail, j'ai une petite demi-heure de marche à travers 3 souks : Souk El Grana, Souk Sidi Merhez, Souk Halfaouine.
En bas de mon immeuble, toute la médina se réveille : les bruits des roues des charrettes de marchandises sur les pavés, les salutations matinales entre les commerçants "Sabba El khir " , la douce mélodie des rideaux métalliques (!!), la radio qui diffuse le Coran....puis les odeurs d'encens, de makrouts (pâtisseries aux dattes) et la marché aux viandes (beaucoup moins ragoutant juste après le petit déj) ....

J'arrive ensuite au marché Halfaouine où les étals se mettent en place, les vendeurs matinaux me reconnaissent maintenant. Il n'y a pas beaucoup d'européens quotidiennement à cette heure ! Le monde des  lève-tôt, avant l'afflux des touristes. Le minaret se dresse devant moi. Il est particulièrement beau à la lumière matinale. Malheureusement, il n'est pas ouvert aux non-musulmans.
La rue du Pont mène à l'école, elle est très étroite et à double-sens et donc particulièrement encombrée à cette heure. Régulièrement, c'est un concert de klaxons qui m'accompagne jusqu'à la porte de l'école.
Les enfants rentrent par le portail où Lotfi, le surveillant, et Soeur Madeleine les accueillent. Moi, je sonne pour passer par l'administration. Je dois récupérer des photocopies, laissées la veille.  A la sortie du bâtiment, j'aperçois la cour des plus jeunes. Ils s'amusent dans le patio sur un air de musique qui me surprend souvent : ça va de "Pump it up" à Shakira en passant par Enrico Macias ! 

En rang, wahed, thnine, thleta !

Décoration dans la cour
J'aime arriver un peu en avance pour saluer les collègues et me préparer une tasse de thé dans la salle des "maîtresses". Mohi, le prof de musique, est déjà ici à fumer sa cigarette, caché dans les toilettes. Chacun se salue : "Sabba El Khir ! Labes ? - Labes !" Maintenant que je leur réponds un peu en arabe, ils sont tout baba. Je n'ai pourtant pas encore de vocabulaire en stock, mais suffisamment pour faire un peu d'effet !
Déjà la sonnerie retentit. Le premier jour j'ai cru entendre une alarme incendie ! Mais non, c'est le signal pour se regrouper dans la cour. Ça grouille de partout. Les 400 enfants se mettent en rang sur la ligne de leur classe. Le premier professeur de la matinée leur fait face. Certains portent la blouse. Pour ma part, je la mets dans ma classe de 4ème uniquement, et des raisons assez pratiques : c'est un tableau à craie dans cette classe et cela m'évite de m'en mettre partout sur mes vêtements !
Soeur Nardine, la directrice, est au micro, pour souhaiter une bonne journée. Un enfant est choisi pour hisser le drapeau pendant l'hymne national.
Ce chant est assez dynamique et l'air reste en mémoire. Au point où certains soirs, je rentre à la maison en le fredonnant encore. Toujours est-il que ce moment est impressionnant car il est chanté a cappella par tous les enfants.

Raouf, le surveillant, fait retentir la sonnerie à nouveau. Tout le monde se dirige vers les classes.
Attention aux escaliers ! C'est glissant !
Dans la volière !

"Bonjour maîtresse" 

Les classes sont peu spacieuses mais agréables et lumineuses.
Celle de 4ème Rossignol donne sur la cour et y obtenir une température agréable tient du miracle. Je l'ai surnommée la Volière.
Petite anecdote du mois de septembre-octobre. En effet, il y fait vite chaud et il est tentant de vouloir y ouvrir les fenêtres. Problème : le moindre bruit dans la cour résonne. Monsieur Sémir y fait classe de sports, les petits sont en récréation en décalé. Bref, très vite je referme les fenêtres car on n'entend rien. Sauf qu'il fait tellement chaud que je dois ouvrir à nouveau. Je choisis donc la fenêtre arrière. Et là, au bout de quelques instants,  mes oreilles confirment ce que mes narines soupçonnaient : un mouton vit dans la cour de la maison voisine, juste sous ma fenêtre !

"Goûte, c'est pas épicé"

Le midi, je prends mes repas dans la salle des "maitresses".


Ce moment est très sympa car j'y retrouve les autres enseignantes. Pas toujours simple de suivre les conversations mais aussi un des rares moments où j'entends parler tunisien.
La table est toujours très bien garnie. Chacune amène son plat fait-maison et il m'est difficile d'échapper à une dégustation. Leurs plats sont souvent à base de pâtes ou de semoule, accompagnées de sauce tomate. Souvent très épicés car elles mettent de la harissa partout !
Lorsque je n'apporte pas mon "doggy bag", je vais acheter mon repas chez Mounira, une voisine de l'école qui tient une gargote : mléoui, couscous ou spaghettis préparés maison à prix super abordable.
Gravure à l'entrée des classes

"On va à la bibliothèque aujourd'hui ?"

Les cours reprennent à 13H30 et finissent à 16H30. Les après midi sont longs car il n'y a pas de pause et la chaleur nous fatigue vite. Avant de s'assoir, les enfants se tiennent droit et me disent "Bon après-midi maîtresse" en chœur. Ça me fait toujours drôle mais c'est mignon.
J'ai réussi à "bidouiller" avec les emplois du temps pour avoir accès à la bibliothèque une fois par semaine. Les enfants y vont en demi-classe, pour choisir eux même un livre, qu'ils gardent dans leur casier. Saloua et Nesrine m'aident pour gérer le groupe qui est à la biblio pendant que je reste en classe faire un atelier avec les reste de la classe.
Les enfants adorent et attendent ça avec impatience. J'avoue que je m'en sers un peu de carotte pour obtenir le calme en classe. 
Oui, on peut "un peu" appeler ça du chantage....

 
La cour est située au centre des bâtiments de l'école. Heureusement, elle  est ombragée. C'est là que Mr Sémir y donne les cours de sports. Les enfants se changent pour mettre leur tenue de sport de l'école. L'été, ils ont des shorts rouges.
Les filles et les garçons sont séparés pendant ce cour. Mr Sémir est en binôme avec Mohsen, le prof d'informatique, qui s'occupe du reste du groupe.
De temps en temps, l'école organise des Jeux Olympiques, où les classes s'affrontent en lutte, tir à la corde, football, course de vitesse.
L’excitation est à son comble. Sémir et Raouf sont aux commandes de la journée avec leurs micros pour parler aux enfants. Hallucinant !
Lecture en classe de 5ème Marguerite.

4 commentaires:

  1. Sympa ! Merci de nous faire partager ton quotidien.
    La blouse : je n'y avais pas pensé en protection contre la craie... à méditer !
    Mais que vois-je ? Tu t'assoies sur ton bureau ! Rhhhooooo, c'est pas bien ça ! ;-)
    Gros bisous et à bientôt dans tes aventures.

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  2. Dis donc, c'est toi qui as écrit au tableau? Parce que cela ne me semble pas très droit tes lignes!!!! Souvenirs souvenirs... ;)

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  3. Très sympa de découvrir ce qui fait ton quotidien... On a l'impression d'y être et de sentir les odeurs.
    bisous

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  4. Avons vu que le compte à rebours était à zéro... bon courage pour le déplâtrage. Ce repos forcé t'as permis d'alimenter ton blog et, pour nous d'en savoir plus sur ton quotidien à l'école. Super ! cela nous met dans l'ambiance.
    Bisous
    Papa et maman

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