Ma mission
Le petit monde de Driba
Pour certains, la nouvelle année est le moment des bilans et des bonnes résolutions. Pour moi, ce sera le temps de vous présenter les personnes qui m'entourent, qui gravitent autour du Centre Saint Antoine.(bon, je sais, ce n'est plus le début de l'année, mais j'ai traîne à mettre ce post en ligne... j'adopte le rythme marocain en fait !).
Les trois frères
Frère Sostènes, du Mexique, a rejoint la communauté au mois de septembre. Depuis cinq années au
Maroc, il avait jusque-là été de fraternité à Larache, dans le diocèse de Tanger, assurant la charge de la petite paroisse et donnant des cours d’espagnol au centre culturel.
A son arrivée ici, il lui
a fallu se remettre au français à temps plein (à Larache, on parle espagnol !) et découvrir le
fonctionnement particulier de notre communauté insérée dans la médina et du Centre Saint Antoine.
Le voilà désormais à pied d’œuvre, avec comme mentor notre vieux Ba Ghali, si heureux de pouvoir
parler l’espagnol de son enfance et de lui faire découvrir de nouveaux itinéraires dans la médina.
Une fois le choc des inscriptions passé, il a pu également faire connaissance avec le monde des étudiants subsahariens dont il accompagne maintenant l’association au niveau de la paroisse, les aidant à préparer des temps forts et des activités, en lien avec le Père. Jean, notre curé.
Une fois le choc des inscriptions passé, il a pu également faire connaissance avec le monde des étudiants subsahariens dont il accompagne maintenant l’association au niveau de la paroisse, les aidant à préparer des temps forts et des activités, en lien avec le Père. Jean, notre curé.
Enfin, il nous initie également à la culture mexicaine, décorant la maison comme elle ne le fut sans doute jamais, nous régalant de
festins pour les grandes fêtes et introduisant même nos bénévoles marocains à la tradition des
« posadas », cette procession que font les familles mexicaines les unes chez les autres en chantant et en
mendiant des friandises, en souvenir de la sainte famille à la recherche d’un lieu où se poser.
Côté
harmonisation, il faudra encore faire des efforts du côté de la chorale des bénévoles, mais la joie et le
désir étaient bel et bien là !...
Il faut le voir le mardi soir quand il donne son cours d’espagnol à une classe haute en couleurs, regroupant autant de bénévoles que d’élèves. Parmi eux, il y a bien sûr notre ami juif Charles souffrant de dépression chronique et ne pouvant s’empêcher en toute occasion de demander « Pourquoi ? ». Mais il y a aussi l’ancien Ba Ghali qui voudrait tant rendre son castillan plus grammaticalement correct, et M. Bouabid, un ancien des chemins de fer, passionné de philosophie et qui a décidé de prendre sa revanche sur une vie qui ne lui avait pas permis de faire des études en apprenant les langues les unes après les autres.
Pour finir, par un jeune professeur de biologie à l’Université, ayant étudié en Russie, et qui trouve sa place, à sa manière, au sein de cette classe un peu particulière…
Il faut le voir le mardi soir quand il donne son cours d’espagnol à une classe haute en couleurs, regroupant autant de bénévoles que d’élèves. Parmi eux, il y a bien sûr notre ami juif Charles souffrant de dépression chronique et ne pouvant s’empêcher en toute occasion de demander « Pourquoi ? ». Mais il y a aussi l’ancien Ba Ghali qui voudrait tant rendre son castillan plus grammaticalement correct, et M. Bouabid, un ancien des chemins de fer, passionné de philosophie et qui a décidé de prendre sa revanche sur une vie qui ne lui avait pas permis de faire des études en apprenant les langues les unes après les autres.
Pour finir, par un jeune professeur de biologie à l’Université, ayant étudié en Russie, et qui trouve sa place, à sa manière, au sein de cette classe un peu particulière…
Sans oublier des anciens bénévoles, tel Abderrafie, se souvenant de l’époque du Fr
Gustavo (un autre mexicain) et qui sont revenus rafraîchir leur espagnol aux tonalités de l’Amérique.
Un groupe hétéroclite donc, sans doute pas celui dont on aurait rêvé pour former des prix Nobel de
littérature hispanique, mais qui en dit déjà tant de la communion qu’il nous est donné de vivre ici
par-delà les âges, les cultures et les religions.
Frère Natale, de son côté, continue son expérience à Meknès pour un second triennat,
comme gardien de la communauté cette fois. Il a donc en charge le soin des frères et de leur vie au
milieu des multiples sollicitations de l’Eglise, du quartier et des visiteurs. Il continue à enseigner la langue de Dante et, en parallèle, à s’initier au darija (le dialectal
marocain), sachant toujours trouver la dernière méthode la plus efficace pour avancer.
Depuis cette année, il a également été chargé par la Custodie (c’est-à-dire par les frères du
Maroc) d’animer la réflexion et l’action autour des questions de Justice, de Paix et d’Intégrité de la
création. . Il
tâche de fédérer l’action des frères dans les différents lieux, mettant en évidence combien les
initiatives peuvent être nombreuses et complémentaires.
Il a ainsi représenté la
Custodie au sommet de la COP 22 qui s’est tenu courant novembre à Marrakech. L’occasion de
découvrir de l’intérieur le fonctionnement de ces grandes conférences internationales où des
décisions essentielles pour l’avenir de la planète sont prises et, en parallèle, de pouvoir s’ouvrir au
monde associatif très présent au cours de
ces journées (chacun présentant ses
initiatives locales).
Normalement, il devrait
nous aider à initier une réflexion
au niveau du Centre sur ces questions
d’écologie climatique et de développement
durable : un vrai défi pour la médina où
nous sommes passés en 24 heures à « mika
wallu » (zéro sac en plastique), mais où les
bus continuent à cracher leurs résidus
mazoutés et où chacun persiste à tout jeter
par terre comme si cela allait se dégrader
tout seul. C’est le défi du Maroc à deux
vitesses qui se joue là, dans la
sensibilisation de terrain…Un grand chantier
qui s’ouvre !
Frère Stéphane, lui, continue à tourner : « D’où reviens-tu cette fois ? » aime à lui demander
Habibi, notre voisin tailleur. Aux yeux de cet homme simple, amateur secret de la bouteille, passer, comme Fr Stéphane, de
Meknès à Midelt et à Rabat dans la même semaine relève de l’Odyssée d’Ibn Batouta ! Il lui est si bon de
retrouver son quartier, fidèle à son inertie, quand il revient d’un de ces voyages ! Mais ils sont
également l’occasion de si belles découvertes : celle, par exemple, de la petite quinzaine de
prisonniers qui vivent derrière les murs de la maison d’arrêt de Meknès. Quelle joie pour lui que d’avoir pu
célébrer la messe de Noël avec eux, de les entendre reprendre les cantiques de Noël au milieu du
grand parloir si froid, de voir le « pasteur », ce grand nigérian de 2 mètres venir le bénir à chacun de ses voyages…
Il répond aussi régulièrement à l’appel de l’Université œcuménique Al-Mouwafaqa, à Rabat, pour venir faire du
tutorat auprès des étudiants.
Il assiste en ce moment un groupe de frères soufis du
quartier qui lui ont demandé de les aider dans la traduction de
leurs textes de prière (« Vous êtes des priants
comme nous. Vous trouverez les mots des
priants ! »).
Le monde des saintes femmes…
![]() |
| Bouchra |
Et puis il y a nos sœurs franciscaines missionnaires
de Marie. Elles continuent leur chemin, à l’école, avec les
migrants, avec les enfants handicapés et à l’hôpital. Nous
les voyons peu au Centre, mais les célébrations et les fêtes
continuent à nous rassembler. Il en est de même de Karen, pasteure de l’Université d’Ifrane. Depuis
qu’elle a été nommée présidente de l’Eglise Evangélique
Au Maroc, elle est de plus en plus sur les routes mais,
rarement elle manque l’occasion de venir prier avec les frères quand ils montent le dimanche pour desservir Ifrane et
ses quelques étudiants. C'est pour eux tous un moment de partage dans la différence qui a trouvé une forme
d’accomplissement dans la demande que nous lui avions
faite cet été de prêcher la retraite des frères du Maroc :
une femme, protestante, prêchant sur les échos entre la
Bible et le Coran…
La vie continue…
Autrement, la vie continue au gré de la paroisse
(avec le Père Jean et son fidèle Jean-Bosco), de la vie du
quartier (quelques déménagements et travaux, des
petits commerces qui tentent leur chance, le
vieillissement des uns et des autres…) et surtout au gré
du Centre.
Le voyage de l’été dernier en Turquie fut une
opération un peu folle mais qui a fortement contribué à
souder le petit groupe (16) qui a pu y participer.
De ce fait, nous étions 8 à faire les travaux de peinture en septembre et 15 pour le grand ménage du Centre avant la rentrée, chacun se sentant un peu plus responsable des lieux.
Cela tient également à l’arrivée d’un groupe de nouveaux autour de notre ami Fayçal.
Jusque-là les professeurs nous étaient donnés au compte-goutte, cherchant une expérience, venus
par un ou une amie, ayant étudié dans nos murs. Il leur fallait se mêler au groupe préexistant. Fayçal,
lui, avait étudié l’allemand chez nous et il voulait donner de son temps au service du Centre, comme
il s’est ensuite engagé auprès des migrants avec la Caritas de la paroisse. Après quelques mois à la
bibliothèque, il est revenu avec 4 amis (jeunes et moins jeunes). Un groupe soudé, avec un regard
neuf sur les choses : un beau souffle d’air, même si comme tout courant d’air il enrhume les plus
anciens !
De ce fait, nous étions 8 à faire les travaux de peinture en septembre et 15 pour le grand ménage du Centre avant la rentrée, chacun se sentant un peu plus responsable des lieux.
![]() |
| Bénévoles & élèves à la médersa Bou Inania |
Nous avons également eu la chance de
pouvoir retisser les liens un peu distendus avec
« le père » comme ils sont si nombreux à
l’appeler ici, à savoir notre frère Joël. En
septembre 2015, il avait quitté la communauté pour
Tanger, après plus de 23 ans dans la médina. En décembre,
c’est lui qui est revenu pour être « classé au
patrimoine mondial de l’humanité » !
En fait, à l’occasion des 20 ans du classement de la ville de Meknès par l’UNESCO, la ville a souhaité l’honorer pour son travail et sa présence. Etonnant de voir notre petit frère entre trois universitaires discourant en arabe sur les vertus du soufisme, la différence entre l’âme et le souffle. Mais le silence s’est fait quand il a évoqué simplement sa présence au milieu de la population marocaine, au service des hommes. A ses côtés, se tenait Frère Siméon, un autre ancien du Centre, venu présenter son livre sur l’histoire des relations entre les sultans marocains et les frères franciscains au 17ème siècle.
En parallèle à tous ces visages, apparaissent au loin toutes les questions portées par une certaine radicalisation de l’Islam. Ce pays, le Maroc, semble encore protégé, et le sommet de l’état œuvre beaucoup à cela. Mais la violence viendra un jour ou l’autre, sous les rênes de l’ignorance. Il est toujours surprenant d'entendre ces mots qui reviennent quand un jeune qui n’est pas du quartier veut jouer « le bon musulman » face au pauvre chrétien : « Huwa 3andna ! » (il est des nôtres) revient alors dans les bouches de ceux qui vivent avec autour de nous.
Etrange réponse qui dit à la fois l’adoption profonde que nous devons à ceux qui nous ont précédés ici, mais également toute la difficulté qu’a l’Islam à penser l’autre qui ne soit pas lui.
En fait, à l’occasion des 20 ans du classement de la ville de Meknès par l’UNESCO, la ville a souhaité l’honorer pour son travail et sa présence. Etonnant de voir notre petit frère entre trois universitaires discourant en arabe sur les vertus du soufisme, la différence entre l’âme et le souffle. Mais le silence s’est fait quand il a évoqué simplement sa présence au milieu de la population marocaine, au service des hommes. A ses côtés, se tenait Frère Siméon, un autre ancien du Centre, venu présenter son livre sur l’histoire des relations entre les sultans marocains et les frères franciscains au 17ème siècle.
En parallèle à tous ces visages, apparaissent au loin toutes les questions portées par une certaine radicalisation de l’Islam. Ce pays, le Maroc, semble encore protégé, et le sommet de l’état œuvre beaucoup à cela. Mais la violence viendra un jour ou l’autre, sous les rênes de l’ignorance. Il est toujours surprenant d'entendre ces mots qui reviennent quand un jeune qui n’est pas du quartier veut jouer « le bon musulman » face au pauvre chrétien : « Huwa 3andna ! » (il est des nôtres) revient alors dans les bouches de ceux qui vivent avec autour de nous.
Etrange réponse qui dit à la fois l’adoption profonde que nous devons à ceux qui nous ont précédés ici, mais également toute la difficulté qu’a l’Islam à penser l’autre qui ne soit pas lui.
A Meknès, dans la petite rue Driba, au creux de la médina, la rencontre avec l'Autre se vit au quotidien avec nos frères d’Islam. J'espère, qu'à la suite de toutes ces personnes, j'aurai la chance de vous voir franchir la porte du Centre.
Je dois maintenant vous avouer avoir emprunter la plume de Stéphane pour rédiger ses portraits. Sa lettre de vœux m'a aidée à poser de jolis mots à la hauteur de ses belles personnes.



Laissez moi un petit mot !